Les prussiens à Laons

L'invasion de l'armée prussienne vue par Leclerc, maire de Laons :

La commune de Laons a été envahie par l’armée prussienne le-18 novembre 1871 au soir, à la suite des affaires de Dreux et Tréon et de la bataille de Torçay. Sur un  effectif de plus de 15,000 hommes, 10,000 au moins et 4,000 chevaux ont occupé Laons du 18 au 20.

Les hommes, exténués de fatigue, irrités par des pertes nombreuses éprouvées sur le champ de bataille de Torçay, faisaient leur entrée à Laons en brisant tout ce qui leur résistait: les portes étaient enfoncées à coups de crosses de fusils; les habitants qui ne pouvaient donner sur le champ à ces hommes ce qu’ils réclamaient étaient battus, maltraités; plusieurs qui ne pouvaient voir avec indifférence le sac de leurs maisons, ont été expulsés et forcés de passer deux nuits dans leurs jardins, d’autres ont pu se réfugier chez des voisins. Les maisons dont les habitants fuyaient l’invasion ont été pillées; le linge qui n’a pu être utilisé par les Prussiens a été déchiré, foulé aux pieds et mêlé à la paille qui leur servait de couche. Le vol d’effets d’habillement et d’argent était général. Les Allemands qui n’étaient pas pourvus de crochets ou passe-partout se faisaient remettre les clefs des meubles; ils prenaient ce qui pouvait leur être utile; si l’habitant réclamait, ils emportaient même des objets inutiles, les jetaient dans les mares, dans les puits ou seulement les changeaient de maison.

Les 26 et 27 décembre, 1,500 hommes avec chevaux ont encore séjourné à Laons. Ces hemmes étaient moins exigeants, moins brutaux que les premiers. Nos ennemis savaient que le pays avait été ruiné les 18 et 19 novembre; ils demandaient que l’on fit preuve de bonne volonté. A plusieurs reprises, Laons a vu l’armée allemande allant d’0rléans ou Chartres à Rouen et au Mans. Dans la conviction intime qu’ils ne pouvaient rien trouver chez nous, les colonnes faisaient halte à l’entrée du village ou à la sortie, l’habitant n’était rançonné que par quelques maraudeurs.